La vie d’une ferme creusoise.
Un spectacle déambulatoire pour rendre hommage à la ferme avant sa transformation.
Partage des mémoires.
Restauration sur place dès 19h !
→ Samedi 19 juillet 2025 à 20h30.

Les voix du lavoir
Petit rappel historique : de tout temps les tâches domestiques liées à l’eau ont été dévolues aux femmes. À fortiori l’entretien du linge. Cependant les lavoirs sont d’institution récente. Au début du XIXème siècle encore les femmes lavaient agenouillées au bord des mares, des ruisseaux, des rivières, sur une simple pierre inclinée…
Les lavoirs ont été construits sous l’impulsions des hygiénistes et dans un souci de rationalisation du travail ménager.
Mais les femmes se les ont appropriés à leur manière, à leurs propres fins, comme lieux de socialisation et de paroles.
En 1893 un auteur a pu écrire que le bruit des voix au lavoir tendait à l’emporter sur le bruit des battoirs. C’est à ces voix du lavoir que je dédie mon poème.
1
Voix du lavoir
Lavoir des voix tues
Chœur au cœur
Silencieux murmurant
Que murs du lavoir
Donnent à voir
Entre ces murs
Bat
Pierres et sable
Eau sans eau
Matérialité visible
Empreinte invisible
De quels corps par corps touché
De quelle peau de quelle main par
Quelle eau
Linge trempé battu rincé essoré
Femmes au lavoir
De quels désirs
De quelles vies
Vos voix tues
2
L’oubli ne nous sépare pas du passé
Il est espace de nuit qui à lui nous lie
L’espace de nuit qui ne nous sépare pas du passé
N’est pas vide
Qui en ce jour du lavoir vibre
Subtile tactilité
Subtile vocalité
Gestes
Souffles accumulés
Jusqu’au plus oublié
Que respire ici
Notre respiration
Dont les murs du lavoir
Sont l’enveloppe intacte
Nous y réunir c’est
En chaque pierre réactiver
Leur pouvoir d’enclore
Commune présence
Les voix des oubliées
Que les nôtres aussi rejoindrons
3
Avenir mien
Le passé que je rejoins
De plus loin qu’oubli
Clapote à mes flancs
Si j’ouvre la bouche
Il ranime à sa source
l’eau que je ne voyais pas
Si j’étends les bras
Flottaison sans horizon
Remonte des hauts fonds
Linceul et nuptial tout autant
Le drap qu’une laveuse d’autrefois
Sur l’eau de notre mémoire
Pour le rincer vers nous déploie